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  • : Un mot d'ordre :jouons avec les mots, décrivons, écrivons. Actu : Je ne suis plus co-animatrice d'Ecriture Créative depuis quelques jours...parce que j'ai mis en place mon propre atelier d'écriture! c'est la Vallée des Mots, petit endroit vert et douillet où l'on s'amuse avec les...mots!http://fr.groups.yahoo.com/group/valleedesmots/ Marina.P.10.12.2006
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Images de Vie

Vie

 

le coton chatouille ses yeux endormis

et irrite son nez chatouillé.

ses joues se colorent de cette douce vie

qui revient par torrents à lui se connecter.

Samedi 11 novembre 2006

"Il est temps de siffler la fin de la récréation." De Gaulle. Mai 68.

Clémence est institutrice depuis peu. Elle a sa propre classe. Ce sont des bambins. Des maternelles. Elle les surveille du coin de l’œil, tout en faisant le tour de la cour de récréation, avec les autres instituteurs. Ils parlent parfois de leurs problèmes personnels entre eux, mais Clémence évite toujours le sujet, étant trop occupée par son métier, par la surveillance des plus petits. Elle pense en effet que si elle se laissait aller elle aussi à ces sujets personnels, elle n’aurait plus alors de concentration à offrir aux tous petits qui demandent une réelle surveillance. Ses collègues ne semblent pas s’en offusquer. Heureusement, cela lui permet en plus de garder son intimité intacte. 

Son intimité, cela la fait toujours sourire. Parce qu’elle n’a pas d’intimité à proprement parler. Elle habite encore chez ses parents, mais aujourd’hui, à vingt-quatre ans, ce n’est plus une tare. 

Elle réside donc chez papa et maman, qui sont au demeurant sympathiques, mais sans être apparemment au courant qu’elle est une adulte ! 

Que sa mère lui fasse sa lessive, cela l’arrange, certes,  mais qu’elle lui prépare ses tartines le matin, les habits pour le lendemain et que son père lui lave la voiture, lui cire les chaussures, lui propose de l’aider à lasser ses baskets, ah ça non ! Elle ne peut plus le supporter. 

Elle a décidé de chercher un petit appartement, d’autant plus qu’étant fonctionnaire, elle a la sécurité de l’emploi, et ce n’est pas un vain mot de nos jours. 

Clémence est tirée de sa surveillance extatique par sa collègue, Anne-Marie, celle qui s’occupe des cours élémentaires. 

     -          Regarde ! ce ne serait pas la petite de ta voisine, là, qui pleure sur le banc… 

-          Oh ! Mais si ! Que se passe-t-il ? Je vais voir immédiatement. 

 

Clémence court vers la petite fille, assise sur un banc sous le préau, qui pleure à chaudes larmes et semble saigner du nez. 

     -          Qu’est-ce qu’il y a, mon petit ? 

-          Maîtresse, c est Corentin qui m’a poussée. Il…Il voulait pas que je joue avec eux à l’élastique. Mais l’élastique c’est que pour les filles, je lui ai dit alors… Et puis il m’a poussée, par-terre, pour que je ne touche plus l’élastique. Et mon nez, il a saigné tout seul. 

-          Viens, nous allons à l’infirmerie Léa. Nous allons raccommoder ce joli petit nez. 

-          Oh oui ! On fera comme pour pirouette, cacahouète… ? 

-          Oui, Léa, on fera comme dans la chanson qu’on a apprise lundi ! Mais ce sera une petite femme à la place ! 

-          Dis, maîtresse, pourquoi qu’i saigne tout le temps, mon nez ? 

-          Parce que tes vaisseaux sont très très fragiles, Léa. Tu te rappelles ce que tes parents t’ont dit, qu’il fallait toujours avoir un mouchoir dans ta poche… ? 

-          Oui ! Regarde, aujourd’hui il est avec des fleurs et  des poupées. 

-          Et bien, ce mouchoir très beau, c’est pour être prête dès que ton nez saigne, Léa. 

-          Oui, maîtresse. 

 

Clémence laisse Léa avec l’infirmière, qui connaît bien maintenant la petite fille au mouchoir. 

La jeune maîtresse Clémence regarde sa montre. Il est dix heures trente, il est temps de siffler la fin de la récréation. Elle court rejoindre la grande cour, ses collègues et ses élèves.  

 

 

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Samedi 11 novembre 2006

Tu reviens seul, Hémon; ô sinistre présage!
Que je lis d'infortune aux traits de ton visage!

Jean de Rotrou, Antigone.

 

 

Annabelle revenait, essoufflée, de son heure de course. Courir en pleine forêt était un plaisir qu’elle s’octroyait chaque jour, à peine rentrée du travail. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tempête ! 

Elle se débarrassa rapidement de ses baskets maculées de terre, de sa tenue de course dernier cri, fluorescente pour être mieux vue par les éventuels chasseurs, et de son bandeau qui retenait les cheveux fous qui devaient lui servir de cache-crâne durant toute sa vie. 

En sous-vêtements et en chaussettes, elle avança rapidement vers la cuisine, afin de se restaurer prestement, et, surtout, d’étancher sa soif. 

L’eau glaciale lui brûlait l’œsophage mais lui faisait paradoxalement un bien fou. Les quelques miettes de thon qu’elle avalait, entre deux morceaux de pain aux céréales, lui calaient un petit creux, au bas de l’estomac. 

Tout à coup, se sentant nettement mieux, elle se dirigea vers la salle de bains, pensant déjà au bon bain qui l’attendait. 

C’est alors qu’elle l’entendit. Lui ! Encore ici ! 

Son colocataire, qui devait partir en vacances soi-disant pendant trois semaines chez ses parents, était encore là. Et dans la salle de bains, bien sûr. Il devait se récurer, se faire le plus propre du monde, pour sa belle. Elle est laide en plus, son amie. Non pas qu’elle ne plaise pas à Annabelle ou que cette dernière soit jalouse, mais la petite amie du colocataire envahissant était vraiment un laideron. Tout le monde s’accordait à le dire. 

Annabelle avait l’impression d’entendre son colocataire parler. Il ne téléphonait tout de même pas en prenant son bain ! Elle lui avait fait remarquer la dangerosité du geste plusieurs fois. Mais, évidemment, il n’en fait qu’à sa tête.

Elle en est sûre, un jour elle va le retrouver électrocuté. Ou pire, elle ne retrouvera rien, car cela aura mis le feu. Non, vraiment, il était absolument temps de se chercher une autre habitation. 

Que disait-il ? On dirait qu’il déclame… Lui ? Il doit faire son acteur de base, pour sa belle. Toujours elle. Il ne fait rien sans penser à elle. 

« Tu reviens seul, Hémon; ô sinistre présage!
Que je lis d'infortune aux traits de ton visage! ». 

Mais… Il lit du Jean de Rotrou maintenant ? Impossible, je croyais qu’il n’y avait que des bandes-dessinées sur ses étagères. Il a dû me voler un de mes livres. 

Ou on lui aurait offert un ouvrage de distinction ? Il ne me raconte plus rien. Nous ne parlons plus beaucoup. Déjà, je suis fatiguée lorsque je rentre le soir, et puis lui, en général, il est pressé d’aller retrouver la belle. Alors, on ne fait que se croiser. Au début, je trouvais cela pratique, venant d’un colocataire… 

Mais, maintenant, ma vie est vide. J’ai tout nettoyé pour faire de lui mon amant. Et j’aimerais qu’il me regarde. Comme une femme autre que sa colocataire. 

Le voilà qui répète encore ce distique. Il accentue certaines syllabes. Il a une belle voix. Je vais défaillir. Je l’aime.  

 

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Samedi 11 novembre 2006

J'ai décidé de travailler, chaque jour, sur une citation, au hasard. Aujourd'hui, ce sera Bernardin de Saint-Pierre et "J'ai conclu que la recherche de la vérité était une folie, parce que, quand on la trouverait, on ne saurait à qui la dire."

 

Héloïse se sèche les cheveux, la tête en bas, les mèches les plus longues frôlant le sol carrelé de la salle de bains. 

  -          On ne peut plus faire ce que l’on veut chez soi ! Vraiment, y en a marre de ces imbéciles qui se croient  tout permis, partout. Qu’ont –ils à s’intéresser à moi ? Que suis-je pour eux ? Hein ? Ils ne m’ont pas parlé depuis des semaines, que dis-je ? Des mois, ça fait des mois qu’on ne se dit plus un mot. Enfin, avant, c’était que des mots plus hauts que les autres, alors…Le silence était peut-être préférable, qui sait… Et puis, là, tout à coup, ils s’ennuient chez eux, leurs voisins sont morts, le canari est parti en vacances un jour où la fenêtre était ouverte, alors il se sont dit « bah pourquoi pas aller chez notre chère sœur ? ». Vraiment ! 

 

Arrêtant le sèche-cheveux, qui couvrait ses mots enragés, Héloïse se tut en même temps. Elle était certes en colère, mais il ne convenait pas non plus de faire un scandale parce que son frère et sa sœur, avec leurs épouse et mari respectifs, ont pris la décision de venir la voir, alors qu’ils l’évitaient soigneusement depuis des lustres !  

Dans la famille, on est plutôt colère rentrée et dépression au-dehors. Héloïse ne fait pas tache, ah ça non ! Elle fait comme tout le monde, de ce point de vue.  

Bon, il lui faudra bien sortir de la salle de bains à un moment ou un autre quand même. Surtout que cette pièce est exiguë. Et puis elle sent un peu le renfermé aussi. Normal, avec cette toute petite fenêtre, il est impossible de pratiquer une véritable aération. Ce doit être fait exprès, mais quand même…  

Elle les entend. Ils jacassent, jaspinent, l’exaspèrent. Ils ne s’arrêteront de parler que lorsqu’elle sortira de ce cagibi qui lui sert de salle de bains.  

Alors elle sort. Ça fonctionne. A merveille. Ils ne disent plus un mot. Ils la regardent, hébétés.  

Ah oui ! Ce doit être le rouge à lèvres déposé sur les paupières. Ben quoi ? Ca change un peu. En plus, celui-ci, il est réellement rouge. Il porte donc bien son nom. De toute façon, elle n’aime pas le rose, ni l’orange, alors elle ne peut donc porter que du rouge à lèvres. Enfin, c’est ce qu’elle se dit.  

A la cantine, l’autre jour, il y en a une qui lui a fait remarquer que ses lèvres étaient bien grandes, puisqu’elle mettait du rouge jusqu’au bas du front. Elle est bête et folle, celle-là. Elle ne sait même pas que les lèvres ne s’étendent chez personne au-delà de la bouche. Quelle idée !

Je les regarde avec insistance. Je les avais oubliés, je ne les connaissais plus dans le détail.Sa femme me demande si la nourriture est bonne ici. Du coup, puisqu’elle a ouvert une brèche, mon frère en profite pour me questionner sur mon état général. C’est vrai qu’il est médecin ! Ça, je ne risque pas d’oublier, étant donné que c’est lui qui m’a faite enfermer ici. Et c’est lui aussi qui ne venait plus me voir ensuite. Paraît quand même que je suis dans la meilleure maison de santé. Moui, j’y crois à peine moi. Quand j’ai voulu dire combien j’avais souffert dans ma vie, le médecin de garde, le premier jour, me donna un cachet. Comprimé qui me fit dormir trop longtemps, et puis qui m’a assujettie aux calmants de suite. Bref ! Ce docteur ne m’écouta pas. Je voulais pourtant rechercher au fond de moi la vérité, au milieu de toute cette gangue. Je voulais extraire la pépite, et puis la montrer. Pour qu’on me comprenne. Pour qu’on m’aide. Je n’ai été qu’assommée encore plus à chaque nouvelle tentative. « J'ai conclu que la recherche de la vérité était une folie, parce que, quand on la trouverait, on ne saurait à qui la dire. »

   

 

 

 

 

 

 

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Sablier des Jours

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Vivre !

Une longue aile douce et précieuse

 

Caresse avec lenteur ma joue,

 

M’emplit de suaves sensations,

 

Etend les frissons à mon cou,

 

Sèche mes larmes disgracieuses

 

Et me murmure ton nom.

 

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