Je tente le lipogramme, cher aux Oulipiens, à Perec...
Ici, il faudra deviner quelle lettre n'est pas utilisée ! Je vais essayer par ailleurs de continuer cette petite histoire, dès que le temps sera un peu plus large avec moi..
Normalement, Julie doit aller voir mère et père chaque dimanche. Aujourd’hui, elle n’ira point. Aucune envie d’entendre la colère de l’un abrutir l’autre.
Elle décide d’aller en promenade. N’importe où. Peu importe en fait.
Le chemin de hallage au bord de la rivière lui convient tout à fait. Pour découvrir ce coin qu’elle ne connaît point encore.
Elle marche et marche, tant qu’elle peut. On dirait qu’elle a envie de noyer réflexion et compagnie au creux de cette eau trouble, mouvante, au débit tortueux.
Un nuage efface un peu de la lumière jetée ça et là par la flamboyante étoile qui égrène jour et nuit.
Julie ne voit goutte, perdue au milieu d’une nature qu’elle ne côtoie habituellement que peu, qu’elle n’aime point du tout en réalité.
Elle prend peur, court à perdre haleine, trébuche, accroche vêtement ou main à une branche ou à une brindille pendant d’un arbre mort.
Ereintée, elle reconnaît enfin la route goudronnée qui déborde de ci de là et accable l’herbe folle. Un pied touchant à peine ce terrain dur, régulier et d’époque, elle peut enfin relâcher la crainte qui l’étreignait.
Elle est haletante, cependant emplie de joie d’être à nouveau en ce monde moderne et goudronné.
Une autre lettre a disparu...
Ninon range ses affaires. Elle aime à la folie ranger, ordonner les choses. Cela lui donne l’impression qu’elle domine l’ensemble.
Elle pense parfois que le plus facile se pose loin derrière elle, mais bon…
Son problème majeur sera de ne pas vouloir d’aide pour éradiquer l’impression qu’elle arrive à modifier le cours des choses grâce aux caisses d’un meuble que l’on bouge vers soi.
A y repenser sans cesse, elle croira ne pouvoir s’en passer. Mais les casiers mis en place dans un meuble pour remiser nos affaires personnelles… Choses non éphémères, sans âme. Mais Ninon regarde d’un œil mauvais les amas de machins chez ses congénères. Elle ne désire pas avoir le même désordre dans sa vie.
Elle joue donc à la femme de ménage dès qu’elle passe le seuil de sa maison. Elle courra ainsi après le nickel-chrome, car elle croira que ça la renforce.
Un autre lipogramme, quelle lettre est absente?
Cueillant uniquement les pétales des plantes qu’elle affectionne, Ninon jette facilement ce qui ne lui plait pas dans les végétaux. Elle adopte la même attitude avec les humains. Elle fait usage d’eux comme d’un tas de tissus vieillis au fond d’un dépôt sans époque.
Elle déteste l’imitation de ce qu’elle n’est pas. Elle ne se voit pas comme un petit bout de femme détestable, mais pas loin… Oui, elle sait qu’elle est difficile aux yeux de ces gens qui vivent aussi en ces temps fabuleux où le voisin est une chose que l’on dédaigne facilement et sans motif.
De toute façon, elle s’en moque au final. Oui, elle s’en moque totalement. Elle ne fait que ce qu’elle veut. Donc, les yeux de ces voisins qui la toisent… C’est exactement comme si elle ne les voyait pas.
Elle achète souvent des objets qui sont en opposition la plus totale avec la mode de ces filles malléables au possible. Elle aime la contestation. Cela lui amène une joie sans déchet.
Elle affectionne l’exceptionnel, l’inhabituel, l’insolite.
Ninon ne veut pas de cet astre rutilant qui s’appelle « sexe opposé ». Enfin, disons plutôt qu’elle n’acceptera un tel être dans sa pauvre vie percluse de solitude qu’en posant toutefois ses propres conditions inexorables : il doit être la copie de son rêve.
Il devra être tout à fait épris d’elle, sinon la porte. Par ailleurs, elle lui conseille de façon très vive, à ce bellâtre qui voudrait investir sa vie, de ne pas laisser aller la passion ou la tendresse aux égouts ni aux oubliettes, sinon la schlague. Et enfin, l’attention. Oui, il devra être attentionné, qu’à son égard, sans regard pour les autres. Sinon, une trappe béante s’ouvrira sous ses pieds et il disparaîtra pour toujours dans les circonvolutions du rêve de Ninon.
La donzelle souhaite ajouter à cela que le sexe opposé devra, de gré ou de force, être fidèle, jovial, intelligent, agréable et boute-en-train. Oui, elle se doute qu’il n’y aura pas foule au portillon. Elle adore cependant les défis.
Tel un conquérant de longue date et au long cours, il s’avancera devant elle, prêt à la reconnaître pour épouse, favorite et sa belle. Elle sera son tout, et lui ne sera plus rien sans elle. L’instant d’après les rôles s’inverseront, un sortilège les envoûtera sans vergogne. Le plaisir se fera voûte de leur ciel si bleu, à chaque heure du jour et de la nuit.
A vos Plumes!