Vite, vite. On attend le dernier article. Se dépêcher, écrire telle une fusée, sans freiner, zomber. Mais de quoi parler, de quoi
s'entretenir? Peu importe, le premier sujet fera l'affaire. Qu'y-a-til dans cette pièce que l'on pourrait utiliser comme démarreur automatique de pensées?
Des poireaux (voilà ce que c'est d'écrire dans sa cuisine), non. Impossible. On a bien dit le premier objet ou truc qui tombe sous la main, mais faut que cela tombe sous le sens aussi. Enfin, un
peu.
Un bégonia. Mouais, à peine envisageable. Il faudrait être Nicolas le jardinier, ou Yvette la main verte, pour pouvoir s'en sortir pendant des lignes et des lignes sur un sujet aussi fané.
Regarder autour de soi, encore, une fois de plus, sans arrêt, tourner la tête et les yeux, vigie.
Les yeux, tout à coup, se posent sur un livre. A-t-on déjà vu un oeil se poser? Sort-il de son orbite? A creuser...
Le livre. Sujet d'écriture par excellence. L'ouvrir. Le feuilleter. S'en imprégner afin de pouvoir mieux le manier ensuite avec une plume.
Oublier le papier à écrire grâce à cet univers envoûtant que le livre renferme. Sombrer dans une histoire, sauter à pieds joints dans un autre monde, coloré, imagé, étranger, exotique.
Déménager.
Finir par engloutir le livre. Une fois la lecture terminée, se sentir vide.
Regarder autour de soi, encore, une fois de plus, sans arrêt, à la recherche d'un monde perdu. D'une vie intensément vécue, ressentie, mais qui n'hésite pas une seule seconde à nous abandonner,
là, pauvre petit lecteur.
.APOPIRAS.
"Oui, mais moi, je ne veux pas lui donner le lave-vaisselle ! Elle n'a qu'à travailler!"
Facile à dire, comme cela, travailler. Mais ne travaille pas qui veut de nos jours, même si certains n'hésitent pas à crier "plein emploi" sur tous les toits pour ramasser des voix. Et elle, elle
ne veut pas, alors c'est encore pire. Elle est la nouvelle Eve de cet Adam parti reconquérir de nouveaux jardins et elle entend bien récupérer un maximum des biens de la précédente Eve. On ne
fait pas dans la dentelle, chez cet Adam. Tout juste s'il ne leur donne pas des numéros! Les profils sont identiques, les mains douces (sauvées de l'abrasif produit vaisselle grâce à la robotique
envahissant la domestique activité) et l'échine facile à faire ployer en apparence, pour les premières années... ensuite, guerre des tranchées.
Pour l'heure, combat de poules s'acharnant sur le matériel, relique d'un passé prometteur et promis à une belle disparition. Enfin, disparition... Faut le dire vite, car il y aura encore quelques
rendez-vous cachés, au fin fond des bois, juste pour vérifier que la première Eve n'a plus de quoi garder son premier rang. Evidemment, pour pimenter le tout, Eve 1ère sera jalouse de la jeunesse
de sa remplaçante, mais pas tout de suite. Ou plutôt, elle ne s'en rendra compte qu'assez tardivement de cet état jaloux, fortement lié à sa propre dégénérescence. Enfin... elle ramollira au
maximum sa conscience afin de pouvoir dormir tranquille, accompagnée tout de même de quelques tranquillisants nommés Dodo. L'enfant do... dormira bientôt? Mon oeil ! Le sommeil sera long à venir,
le cerveau, bien qu'embrumé, ne pourra tenir longtemps lové dans les plumes de l'oreiller fourré au duvet d'oie. Elle songera alors à toutes ces soirées enivrées de bonheur où elle regardait
passer le temps, accoudé à son malheur de ne plus être comprise par son époux, petit pou de son coeur qui se gargarisait au son de ses conquêtes. La soirée était souvent heureuse. De l'extérieur.
La soirée seulement, comme le jour est beau, comme le temps est jovial, mais pas les habitants, pas les acteurs ni les actants. Une soirée douce, belle, heureuse. Une femme gisant dans son gluant
mariage insensément gardé en vie plus qu'agonisante, réclamant pourtant l'euthanasie. Un homme se vautrant dans ses conquêtes dominicales, genou à terre devant l'église, petit banc sur lequel on
s'appuie pour croiser la main d'une belle en quête de cavale. Et un lave-vaisselle déchiré, partagé, finissant, par définition, à la casse.
A vos Plumes!