En vrac, ici, mon bric-à brac de dilettante...
le coton chatouille ses yeux endormis
et irrite son nez chatouillé.
ses joues se colorent de cette douce vie
qui revient par torrents à lui se connecter.
Nous sommes en mars. Il fait froid. Et pourtant, quelques décorations de Noël sont encore accrochées à la fenêtre, la plus haute, la-haut.
Comment cela se fait-il? Ils sont fainéants, dans cette maison, à tel point qu'ils laissent les saisons s'emmêler?
Ou peut-être sont-ils tous morts, d'une peste bubonique? Oui, voilà, d'une bonne petite peste, pleine de bubons. Plus assez d'infirmières en France, alors pas moyen de les soigner. Vous
comprenez? J'espère bien. De toute façon, si par extraordinaire vous ne compreniez pas, cela ne causerait pas de grands cataclysmes non plus. Puisque les propriétaires de la maison entortillée de
décorations de Noël sont décédés des suites de leurs blessures fongiques. Fongiques? Eh bien, oui, pourquoi pas? Êtes-vous seulement infirmière pour comprendre ce que je vous raconte,
mademoiselle j'ai un air de je sais tout? Non? J'm'en serais douté. Je vous vois opiner du chef, comme des abrutis, et puis, sans cesse, à m'interrompre...
Comment? Vous ne disiez rien? Mais alors c'est moi sans doute qui me coupe la parole? A moi-même? Je ne serais pas si impoli ! Voyons, bande de petits impertinents qui croyez avoir tout vécu,
tout vu, tout entendu parce que vous êtes des enfants de soixantuitards. Allons bon ! Faut pas s'encourager pour si peu !
Vous êtes, tous autant que vous êtes, des bons à rien. Et des bonnes à rien, aussi.
Malgré la libération, mesdames, vous n'êtes guère plus intelligentes. La preuve, vous vous laissez traiter de pétasses !
Et puis, pourquoi êtes-vous venus m'importuner? Comment cela? C'est moi qui suis venu m'asseoir à côté de vous dans ce wagon insalubre peut-être?
Impossible. Tout simplement impossible que je sois celui qui vous aurait rejoint. Pourquoi? Mais parce que j'habite à la SNCF depuis des années. Je ne sais même plus depuis quand. Alors... Qu'en
dites vous, les petits malins?
On s'amuse moins, hein, maintenant qu'on sait qu'on ne détient aucune vérité?
Eh bien, moi, je m'amuse comme un petit fou ! Et puis je vous dirai même que mon litron a dû, en douce, sans me prévenir évidemment, me coller une de ces cuites !
Y a longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Ah oui! Je ne vous ai pas dit? J'ai des problèmes de mémoire. Parfois. Pas souvent. Presque jamais en fait. Non, non, ma mémoire est infaillible!
Vous avez vu, toutes les maisons ont des décorations de Pâques? Etonnant, nous sommes en décembre...
"Oui, mais moi, je ne veux pas lui donner le lave-vaisselle ! Elle n'a qu'à travailler!"
Facile à dire, comme cela, travailler. Mais ne travaille pas qui veut de nos jours, même si certains n'hésitent pas à crier "plein emploi" sur tous les toits pour ramasser des voix. Et elle, elle
ne veut pas, alors c'est encore pire. Elle est la nouvelle Eve de cet Adam parti reconquérir de nouveaux jardins et elle entend bien récupérer un maximum des biens de la précédente Eve. On ne
fait pas dans la dentelle, chez cet Adam. Tout juste s'il ne leur donne pas des numéros! Les profils sont identiques, les mains douces (sauvées de l'abrasif produit vaisselle grâce à la robotique
envahissant la domestique activité) et l'échine facile à faire ployer en apparence, pour les premières années... ensuite, guerre des tranchées.
Pour l'heure, combat de poules s'acharnant sur le matériel, relique d'un passé prometteur et promis à une belle disparition. Enfin, disparition... Faut le dire vite, car il y aura encore quelques
rendez-vous cachés, au fin fond des bois, juste pour vérifier que la première Eve n'a plus de quoi garder son premier rang. Evidemment, pour pimenter le tout, Eve 1ère sera jalouse de la jeunesse
de sa remplaçante, mais pas tout de suite. Ou plutôt, elle ne s'en rendra compte qu'assez tardivement de cet état jaloux, fortement lié à sa propre dégénérescence. Enfin... elle ramollira au
maximum sa conscience afin de pouvoir dormir tranquille, accompagnée tout de même de quelques tranquillisants nommés Dodo. L'enfant do... dormira bientôt? Mon oeil ! Le sommeil sera long à venir,
le cerveau, bien qu'embrumé, ne pourra tenir longtemps lové dans les plumes de l'oreiller fourré au duvet d'oie. Elle songera alors à toutes ces soirées enivrées de bonheur où elle regardait
passer le temps, accoudé à son malheur de ne plus être comprise par son époux, petit pou de son coeur qui se gargarisait au son de ses conquêtes. La soirée était souvent heureuse. De l'extérieur.
La soirée seulement, comme le jour est beau, comme le temps est jovial, mais pas les habitants, pas les acteurs ni les actants. Une soirée douce, belle, heureuse. Une femme gisant dans son gluant
mariage insensément gardé en vie plus qu'agonisante, réclamant pourtant l'euthanasie. Un homme se vautrant dans ses conquêtes dominicales, genou à terre devant l'église, petit banc sur lequel on
s'appuie pour croiser la main d'une belle en quête de cavale. Et un lave-vaisselle déchiré, partagé, finissant, par définition, à la casse.
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Une longue aile douce et précieuse
Caresse avec lenteur ma joue,
M’emplit de suaves sensations,
Etend les frissons à mon cou,
Sèche mes larmes disgracieuses
Et me murmure ton nom.
A vos Plumes!