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  • : Un mot d'ordre :jouons avec les mots, décrivons, écrivons. Actu : Je ne suis plus co-animatrice d'Ecriture Créative depuis quelques jours...parce que j'ai mis en place mon propre atelier d'écriture! c'est la Vallée des Mots, petit endroit vert et douillet où l'on s'amuse avec les...mots!http://fr.groups.yahoo.com/group/valleedesmots/ Marina.P.10.12.2006
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Images de Vie

Vie

 

le coton chatouille ses yeux endormis

et irrite son nez chatouillé.

ses joues se colorent de cette douce vie

qui revient par torrents à lui se connecter.

Dimanche 9 mars 2008
C’était une chanson qui l’accompagnait souvent. Elle lui permettait de vivre et revivre certains moments de sa vie passée. Dès qu’elle sortait de chez elle, hop ! la chanson l’attendait sur le bord du trottoir, lui murmurait quelques douceurs à l’oreille pour mieux l’apprivoiser, comme s’il en était besoin ! Depuis toutes ces années qu’elles cheminent ensemble… C’est un air des années vingt, les années folles. Elle était encore enfant, à cette époque, mais elle en a gardé des souvenirs éblouissants. Et puis, après, la guerre, la chanson qui revient malgré tout. Qui ne la quitte plus. Qui se fait sienne.
Cela l’amuse beaucoup de retrouver une certaine allégresse, voire une joie de vivre, dès lors qu’elle sort de chez elle. Surtout quand elle voit les autres. Oui, Rosine compare ce qui lui arrive à ce qui se passe dans la vie de ses congénères pour se sentir bien. Chacun sa méthode. Celle-ci lui allant bien au teint, elle ne voit pas pourquoi elle en changerait, merci bien.
Par exemple, si sa voisine de gauche se casse le col du fémur, elle, Rosine, éclate de rire, mais pas en pensant à la douleur qui assaille ladite voisine (elle n’est pas carne à ce point, pas encore…), mais tout simplement parce qu’elle se réjouit d’avoir encore ses deux cols de fémur intacts. De là à hâtivement conclure qu’elle se réjouit du malheur d’autrui, il ne reste qu’un pas à franchir… que la plupart des voisins de Rosine ont rapidement effectué il y a déjà quelques années !
Ceci expliquant aussi sa relative solitude. Qu’elle s’ingénie à prétendre recherchée, qui serait cependant peut-être un peu mâtinée de punition. Enfin, si Rosine le vit bien…
Plus le monde s’écroule autour d’elle, plus elle se gargarise, se pavane et se vautre dans sa vie intolérablement correcte et sauve pour son âge.
Il est à noter toutefois que Rosine est moins vieille, enfin, moins avancée dans l’âge, que ses voisins et voisines. C’est en effet elle la plus jeune de la résidence. Cela donne des privilèges dont on ne soupçonne même pas l’existence à trente ans !
Ainsi, Rosine a le droit d’être la seule à ne pas tout à fait craindre pour sa vie quand une épidémie de grippe s’abat sur la contrée, alors que les voisins et voisines piaillent à n’en plus finir que le médecin devrait venir les vacciner plus vite, qu’une bulle de survie totalement aseptisée devrait être élaborée autour de leurs chambres… Au secours, à l’assassin, on m’assassine… La fièvre mène au délire.
Rosine, elle, délire assez peu. Non pas parce qu’elle n’a pas de fièvre, mais car ce n’est pas dans son caractère. D’ailleurs, quel est son caractère exactement ? Parce qu’elle est assez lunatique, faut avouer… Raison de plus pour que l’évitement social dont elle est victime soit maintenu. Elle n’est pas méchante, non, non… On n’est jamais méchant quand on est une vieille personne. Mais comment se fait-il alors que personne, jamais, ne lui parle ?
Elle postillonne ? Non, madame. Elle sent mauvais ? Non, monsieur. Elle donne des coups de canne quand on s’approche ? Non, elle ne se prend pas pour le père fouettard. Alors quoi ? Que se passe-t-il ?
Eh bien elle dédaigne tout naturellement autrui, si bien que les gens n’osent la considérer comme un être humain. Il faut savoir que les vieux, entre eux, sont assez peu patients. Il faut les comprendre aussi. Ils ont moins de temps que nous, pauvres petits jeunes qui nous escrimons à .. Bref, il n’est pas question de nous, mais de Rosine, uniquement. C’est son tour, voyez-vous, d’être en haut de l’affiche. Et elle tient bien y rester le plus longtemps possible. C’est aussi pour cela qu’elle se grime le plus souvent possible. Enfin, elle, Rosine, elle dit qu’elle se maquille. Mais, objectivement, il est possible d’affirmer qu’elle ne ravale pas grandement la façade, au contraire…
Donc, que disions-nous ? Rosine. Sympathique petite mamie, qui n’a jamais été mamie du reste, habitant dans la Résidence des Fleurs Fanées, au troisième étage (avec ascenseur, évidemment, faut pas trop pousser Mémé dans les orties non plus), avec vue sur le fleuve.
Lequel ? On ne sait guère, parce qu’en réalité, il n’existe pas. C’est un poster. Oui, une affiche géante collée sur un mur, pour faire illusion. Pour laisser l’imagination gambader follement parmi les herbes rougeoyantes sous le soleil couchant. Comme la vie de la petite pensionnaire de la résidence se couchera aussi. Très diplomate, le designer !
Rosine, elle, elle a dessiné des trucs sur le poster. Personne ne vient dans sa chambre, alors de toute façon, elle peut faire ce qu’elle veut. Des coquelicots elle a ajoutés, pour la couleur. Du blé, parce qu’elle aimerait encore aller s’y rouler avec Jean, oui, Jean, celui qui … Chut ! On a encore ses petits secrets !
Rosine, elle est amusante. Vue du dehors.
Vue du dedans, elle ne s’amuse guère, elle. Elle voit bien qu’elle est enfermée ou presque ici, que la mort est au bout du chemin, que le chemin n’est plus forcément long, que de temps à autre, elle oublie sa fameuse petite chanson qui doit l’accompagner tout le temps normalement. Ça, l’abandon de la chanson, c’est un signe. Inéluctable.
Ce matin, elle est allée, panier en osier à la main, se promener vers le marché.
Elle a rencontré une jeune femme, guillerette, entièrement livrée à sa joie de vivre. Elle a eu soudainement envie d’échanger sa vie contre celle de cette inconnue, pimpante, portant facilement au minimum cinquante ans de moins qu’elle… Sans rien en connaître, elle souhaitait vivre la vie de la jeunesse enflammée qui se trouvait devant elle.
Elle regarda dans son panier. Le vit vide. Vit le vide de sa vie. Vide qu’elle s’est efforcée de construire durant toute sa vie.
Elle rentra dans sa résidence, dit bonjour aux personnes qui se trouvaient à l’accueil, alla se caler dans un siège du salon commun, s’enquit du programme de la télévision pour les prochaines heures, sentit ses joues se teinter d’une belle couleur coquelicot, s’endormit.
 
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Samedi 8 mars 2008
Le violon suinte, la voix rocailleuse le couvre du mieux qu'elle peut. Terrasse à l'Est, que du nouveau.  Un petit spectacle des rues se monte en un rien de temps... et se démontera aussi vite, voire beaucoup plus vite, à l'arrivée des forces de police. Juin est déjà chaud.
Le violon attire à nouveau l'attention. Rien ne va plus, à l'Est. On attend impatiemment l'entrée dans l'Ouest. Fébrilité. Danses tziganes. Enterrez-moi vivant, debout, comme le coeur vous en dit, mais pas sans ma musique.
Violonnade douce comme une cotonnade. Roucouler des chansons slaves pour retenir le temps qui passe, même à l'Est. Le sablier n'est pourtant pas le même. Il fuit, ce sable, entre les doigts, le long de l'archet; mais lentement. Il laisse derrière lui une épopée que personne ne veut plus entendre, tellement ils sont entièrement tendus vers l'espoir et l'avenir.
Un violon crie dans la nuit slave. Une voix s'éteint. Le rideau tombe. A l'Est, que du nouveau.
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Jeudi 6 mars 2008

Nous sommes en mars. Il fait froid. Et pourtant, quelques décorations de Noël sont encore accrochées à la fenêtre, la plus haute, la-haut. Comment cela se fait-il? Ils sont fainéants, dans cette maison, à tel point qu'ils laissent les saisons s'emmêler?
Ou peut-être sont-ils tous morts, d'une peste bubonique? Oui, voilà, d'une bonne petite peste, pleine de bubons. Plus assez d'infirmières en France, alors pas moyen de les soigner. Vous comprenez? J'espère bien. De toute façon, si par extraordinaire vous ne compreniez pas, cela ne causerait pas de grands cataclysmes non plus. Puisque les propriétaires de la maison entortillée de décorations de Noël sont décédés des suites de leurs blessures fongiques. Fongiques? Eh bien, oui, pourquoi pas? Êtes-vous seulement infirmière pour comprendre ce que je vous raconte, mademoiselle j'ai un air de je sais tout? Non? J'm'en serais douté. Je vous vois opiner du chef, comme des abrutis, et puis, sans cesse, à m'interrompre... 
Comment? Vous ne disiez rien? Mais alors c'est moi sans doute qui me coupe la parole? A moi-même? Je ne serais pas si impoli ! Voyons, bande de petits impertinents qui croyez avoir tout vécu, tout vu, tout entendu parce que vous êtes des enfants de soixantuitards. Allons bon ! Faut pas s'encourager pour si peu !
Vous êtes, tous autant que vous êtes, des bons à rien. Et des bonnes à rien, aussi. 
Malgré la libération, mesdames, vous n'êtes guère plus intelligentes. La preuve, vous vous laissez traiter de pétasses !
Et puis, pourquoi êtes-vous venus m'importuner? Comment cela? C'est moi qui suis venu m'asseoir à côté de vous dans ce wagon insalubre peut-être? 
Impossible. Tout simplement impossible que je sois celui qui vous aurait rejoint. Pourquoi? Mais parce que j'habite à la SNCF depuis des années. Je ne sais même plus depuis quand. Alors... Qu'en dites vous, les petits malins?
On s'amuse moins, hein, maintenant qu'on sait qu'on ne détient aucune vérité?
Eh bien, moi, je m'amuse comme un petit fou ! Et puis je vous dirai même que mon litron a dû, en douce, sans me prévenir évidemment, me coller une de ces cuites !
Y a longtemps que cela ne m'était pas arrivé. Ah oui! Je ne vous ai pas dit? J'ai des problèmes de mémoire. Parfois. Pas souvent. Presque jamais en fait. Non, non, ma mémoire est infaillible!
Vous avez vu, toutes les maisons ont des décorations de Pâques? Etonnant, nous sommes en décembre...

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Mercredi 5 mars 2008

"Oui, mais moi, je ne veux pas lui donner le lave-vaisselle ! Elle n'a qu'à travailler!"
Facile à dire, comme cela, travailler. Mais ne travaille pas qui veut de nos jours, même si certains n'hésitent pas à crier "plein emploi" sur tous les toits pour ramasser des voix. Et elle, elle ne veut pas, alors c'est encore pire. Elle est la nouvelle Eve de cet Adam parti reconquérir de nouveaux jardins et elle entend bien récupérer un maximum des biens de la précédente Eve. On ne fait pas dans la dentelle, chez cet Adam. Tout juste s'il ne leur donne pas des numéros! Les profils sont identiques, les mains douces (sauvées de l'abrasif produit vaisselle grâce à la robotique envahissant la domestique activité) et l'échine facile à faire ployer en apparence, pour les premières années... ensuite, guerre des tranchées.
Pour l'heure, combat de poules s'acharnant sur le matériel, relique d'un passé prometteur et promis à une belle disparition. Enfin, disparition... Faut le dire vite, car il y aura encore quelques rendez-vous cachés, au fin fond des bois, juste pour vérifier que la première Eve n'a plus de quoi garder son premier rang. Evidemment, pour pimenter le tout, Eve 1ère sera jalouse de la jeunesse de sa remplaçante, mais pas tout de suite. Ou plutôt, elle ne s'en rendra compte qu'assez tardivement de cet état jaloux, fortement lié à sa propre dégénérescence. Enfin... elle ramollira au maximum sa conscience afin de pouvoir dormir tranquille, accompagnée tout de même de quelques tranquillisants nommés Dodo. L'enfant do... dormira bientôt? Mon oeil ! Le sommeil sera long à venir, le cerveau, bien qu'embrumé, ne pourra tenir longtemps lové dans les plumes de l'oreiller fourré au duvet d'oie. Elle songera alors à toutes ces soirées enivrées de bonheur où elle regardait passer le temps, accoudé à son malheur de ne plus être comprise par son époux, petit pou de son coeur qui se gargarisait au son de ses conquêtes. La soirée était souvent heureuse. De l'extérieur. La soirée seulement, comme le jour est beau, comme le temps est jovial, mais pas les habitants, pas les acteurs ni les actants. Une soirée douce, belle, heureuse. Une femme gisant dans son gluant mariage insensément gardé en vie plus qu'agonisante, réclamant pourtant l'euthanasie. Un homme se vautrant dans ses conquêtes dominicales, genou à terre devant l'église, petit banc sur lequel on s'appuie pour croiser la main d'une belle en quête de cavale. Et un lave-vaisselle déchiré, partagé, finissant, par définition, à la casse.

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Sablier des Jours

Juillet 2008
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Vivre !

Une longue aile douce et précieuse

 

Caresse avec lenteur ma joue,

 

M’emplit de suaves sensations,

 

Etend les frissons à mon cou,

 

Sèche mes larmes disgracieuses

 

Et me murmure ton nom.

 

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