En vrac, ici, mon bric-à brac de dilettante...
le coton chatouille ses yeux endormis
et irrite son nez chatouillé.
ses joues se colorent de cette douce vie
qui revient par torrents à lui se connecter.
L’oiseau en cage rêvera des nuages. Proverbe japonais
Livie peine à monter les courses, qu’elle vient de faire, à son étage. Elle habite au sixième, pas d’ascenseur. Juste des mollets en béton, dignes de ceux d’un randonneur. Mais elle est dame-pipi, alors ses mollets, ils ne lui servent pas à grand-chose. Enfin, pour l’instant. Oui, pour le moment, car Livie a bien l’intention de changer de métier. Elle ne souhaite pas évoluer dans son corps de métier, car bien évidemment devenir dame-pipi en chef ne l’intéresse pas trop… Ce qu’elle convoite, c’est le poste de secrétaire de l’agence d’intérim qui l’a collée ici.
Elle entend bien qu’un emploi est toujours bon à prendre et salutaire, mais ceci n’empêche pas qu’elle ait des désirs, des ambitions pour sa toute petite vie professionnelle qui débute seulement.
Elle a quitté la maison familiale rapidement, agacée des cris que pousse son père lorsqu’il vole dans les ailes de sa mère. Il faut dire qu’il ne boit pas que du petit-lait, alors le soir, après s’être aspergé le gosier, il s’égosille rageusement…Le père de Livie sait qu’il est un bon à rien. Livie le sait aussi. C’est pour cela d’ailleurs qu’elle a quitté la maison avant la majorité, ayant peur d’être contaminée par la bêtise de son père qui ne fait que boire et dessaouler. Et en plus, sa mère n’est pas mieux. Une vraie piquée du tabac. Sans tabac, qu'elle n’arrive plus à s’acheter aussi régulièrement qu’elle en aurait besoin, vu que lse tarifs augmentent tout le temps, elle hurle à la mort, se muant en loup. Trop bruyante aussi celle-là.
Livie a donc quitté le nid, qui était loin d’être un cocon de toute façon.
Elle aime sa petite chambre de bonne, elle aime aussi se dire qu’elle, elle n’est pas une bonne ! Ce qu’elle déteste par-dessus tout, ce sont les escaliers qui ne semblent jamais en finir de colimaçonner. Elle les détruirait si elle le pouvait. Mais elle sait bien qu’ils sont utiles, voire indispensables aux ménages, comme elle, très modestes, qui doivent prendre l’escalier de service pour accéder à leur frugale demeure.
Elle dépose ses fruits et légumes sur le bord de la fenêtre, qui fait office de réfrigérateur. C’est par souci de place qu’elle ne prend de réfrigérateur, de four, etc… Sinon, où mettrait-elle son lit ? Et puis elle apprécie l’idée qu’elle contribue au développement durable de la Terre. Elle ne sait pas trop ce que cette expression implique, mais elle pense que sans électroménager, son action est meilleure.
Elle souhaiterait parfois manger chaud, mais elle, au moins, elle a un toit, alors…
Elle s’est accoudée au rebord de la fenêtre, qui n’est en réalité qu’une meurtrière. Les barreaux de cette cage l’indisposent lorsqu’elle voudrait observer ce qui se passe dans le square en bas. Elle aime observer les autres pour s’imprégner des petits bonheurs qu’ils semblent vivre dans cet extérieur qu’elle ne côtoie pas, faute de temps et d’argent. Elle s’imagine parfois qu’elle s’envole vers un monde qui lui serait plus souriant.
L’oiseau en cage rêvera des nuages. Nuages qui obscurcissent la vue panoramique de son voisin du premier, se baignant dans sa propre piscine adossée au muret de sa terrasse…
Une longue aile douce et précieuse
Caresse avec lenteur ma joue,
M’emplit de suaves sensations,
Etend les frissons à mon cou,
Sèche mes larmes disgracieuses
Et me murmure ton nom.
A vos Plumes!