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Images de Vie

Vie

 

le coton chatouille ses yeux endormis

et irrite son nez chatouillé.

ses joues se colorent de cette douce vie

qui revient par torrents à lui se connecter.

Dimanche 12 novembre 2006

Quand on est tombée sur un fagot d'épines, sait-on celle qui vous a blessée? Louise Henriette de Bourbon-Conti

Au clair de lune, Henriette se languit. Elle désire ardemment que son ami vienne. Mais il est imaginaire, alors comment faire ?

Elle n’a qu’à lui inventer une histoire, une journée où il apparaîtrait aux yeux de tous, en humain, un vrai de vrai ! Chose pensée, chose faite. Facile, tout se passe dans sa tête.

Henriette rêve beaucoup, et s’enlise parfois dans cette autre vie qu’elle se façonne allègrement.

Elle n’aime pas qu’on lui rappelle qu’elle ne fait rien de ces journées qu’elle trouve toujours si longues. Elle n’aime pas qu’on lui rappelle quoi que ce soit tout court, de toute façon.

Elle aime voguer au gré de ses humeurs sur ce fleuve imaginaire qui l’occupe tout le jour et beaucoup encore la nuit. De temps à autre, elle se dit bien qu’il faudrait qu’elle cesse ce jeu. Mais elle a tellement peur d’être déçue qu’elle ne peut s’y résoudre. En effet, Henriette pense que si elle arrête de se créer des histoires rocambolesques, romanesques et romantiques à souhait, elle dépérirait sur-le-champ puisque sa vie se retrouverait alors vide de tout. Plus un rien ne l’habiterait. Elle veut donc bien arrêter ce jeu qui ne serait inoffensif que s’il s’inscrivait dans une période très courte, mais elle n’a pas le courage de passer à une autre étape. Pas toute seule.

Ce fut donc en cette période de doutes qu’Henriette  se créa une amie imaginaire. Cela changeait de son quotidien, puisque habituellement ce n’était que garçons et hommes en tous genres qui l’accompagnaient dans ses rêveries à l’eau de rose.

Justement, elle s’appelait Rose. Elle sentait bon le myosotis et la lavande, avait un accent de cigale et jouait de la harpe comme personne.

Rose était tout ce que Henriette souhaitait être. Mais Henriette faisait semblant de ne pas s’en rendre compte. Pas pour corser ce jeu dangereux, mais juste pour mettre un peu en veille sa conscience.

Rose était vraiment de bon conseil et aidait grandement Henriette, qui faisait réellement de grands progrès.

Henriette recevait régulièrement des invitations mais n’en acceptait même pas une pour cent reçues. Or, depuis l’arrivée de Rose, elle avait inversé la tendance.

Elle avait donc plutôt pris la manie d’accepter toutes les invitations. Quelles qu’elles fussent.

Un jour, elle fut donc obligée d’aller à un repas dansant qui ne l’enchantait pas, mais elle avait répondu qu’elle en serait, alors… Elle pestait évidemment contre Rose, qui la forçait à sortir.

La soirée fut longue, dansante comme annoncé sur le carton d’invitation, et dansée. Mais pas par Rose, qui était lasse, et avait une mine fanée.

En revanche, Henriette se faisait une joie de danser, invitée à chaque nouvelle danse. Elle ne s’était pas amusée comme cela depuis des lustres. Elle était tellement contente qu’elle en oublia Rose.

Henri s’avança enfin et lui demanda une danse. Elle la lui accorda et se laissa enlacer tendrement par ce tombeur. Ils passèrent la nuit ensemble.

A chaque soirée, Henriette se comportait de cette façon. Il se trouvait en effet qu’Henri était invité aussi à chaque fois. Ils passaient énormément de temps ensemble. Mais les nuits de bal seulement.

Rose dépérissait à vue d’œil mais n’en voulait paradoxalement pas à sa créatrice. Sans doute parce qu’Henriette n’était pas dotée de mauvaises intentions, et qu’elle ne pouvait imaginer le mal.

Un soir, alors qu’Henriette arrivait chez des amis, elle vit Henri, qui aurait dû être en voyage d’affaires, au bras d’une demoiselle qui faisait beaucoup plus jeune qu’elle.

Elle se demanda aussitôt si ce n’était pas un tour que lui jouait son esprit si prolifique en matière d’histoires inventées.

Mais non, c’était bien Henri, qui rougit aussitôt qu’il la vit. Il n’essaya cependant pas de rattraper sa bévue. Il laissa Henriette choir comme du linge sale.

Cette dernière partit en courant, pensant que c’était bien la dernière fois qu’elle se servait de la vie réelle pour vivre. Dorénavant, elle ne vivrait que dans un monde imaginé par elle-même. Au moins, il ne serait pas déplaisant.

Elle eut une ultime pensée pour les autres fois où elle s’était laissée aller à croire en la réalité et où elle était tombée de haut également.

Quand on est tombée sur un fagot d’épines, sait-on celle qui vous a blessée ? Etait-ce Henri qui la projetait ainsi contre sa peur de vivre ? Se traînait-elle le même problème depuis l’enfance ? Avait-elle peur de tout et tous, tout le temps ?

par marina.p publié dans : Citations
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Dimanche 12 novembre 2006

La solitude conserve neuf. Paul Léautaud.


Louisette se dandinait le long du chemin boueux et  un panier rempli de victuailles se balançait au bout de sa main.

Elle comptait le nombre de repas qu’elle pourrait faire avec tout ce qu’elle avait dans cet ouvrage grossier en osier. Ce compte, bien qu’obsessionnel, la réjouissait. Toujours.

Cela la rassurait de savoir qu’elle ne mourrait pas de faim de sitôt. De solitude, peut-être, mais pas maigre au moins !

Elle était couturière chez madame de Basson-Goûteux. Elle devait reprendre toutes les robes de Madame, qui venait d’accoucher, et avait déjà perdu quelques kilogrammes superflus.

Louisette aimait beaucoup avoir énormément de travail. Cela lui permettait de ne pas penser.

De ne plus y penser. A sa situation. Qui deviendrait de plus en plus compliquée.

Elle songeait bien à en parler à quelqu’un, mais à qui ?

Le curé ? Pouah ! Il lui ferait un sermon et balbutier des litanies avant de lui trouver une solution.

Madame ? Elle la renverrait sur-le-champ. Elle lui avait bien précisé, dès le premier jour, qu’elle ne voulait pas entendre parler de la vie privée de ses domestiques. Et puis, bon…Monsieur y était pour quelque chose, alors…

C’est décidé ! Elle ira voir Monsieur, pour lui expliquer la situation, lui narrer l’insoutenable de sa position. De sa faute. De leur faute.

Elle le croisa en entrant dans le manoir, dans le grand corridor. Il lui pinça la taille, comme à son habitude. Ce signe voulait dire qu’il la désirait. Ardemment.

Il ne pouvait plus se passer d’elle disait-il. Alors Louisette s’interrogea : qu’allait-il faire d’elles, parce qu’elle était certaine que c’était une fille qu’elle attendait…

Elle lui dit de ne pas la pincer comme cela, car cela pourrait faire du tort.

Il riait fortement, bruyamment, comme lorsque les souris dansent parce que le chat dort paisiblement. Il trouvait qu’elle était de bonne humeur aujourd’hui.

Elle lui demanda ce qu’il ferait si jamais elle tombait grosse.

Il regarda la main de Louisette se poser délicatement sur son ventre, rebondi il est vrai depuis quelques temps, s’appuya contre le mur, chancela plus qu’il ne l’aurait imaginé, sentit son visage devenir livide, ses muscles se contracter. Il porta rapidement sa main à son cœur. Ce cœur qui l’étreignait à en lui faire mal. Ce cœur qui saignait. Ce cœur qui s’étouffait parmi les repas trop arrosés et les civets trop en  sauce.

Il tomba raide, sans que Louisette ne puisse faire quoi que ce soit.

Elle ne prit pas peur, elle alla juste prévenir les autres domestiques. Elle dit simplement que Monsieur venait de faire un malaise.

Elle gagna rapidement sa chambre, déposa le panier et prit sa broderie. Elle se mit à penser que la solitude conserve neuf. En effet, Monsieur succombait à un malaise, dû, en somme, à un excès de compagnie.

par marina.p publié dans : Citations
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Sablier des Jours

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Vivre !

Une longue aile douce et précieuse

 

Caresse avec lenteur ma joue,

 

M’emplit de suaves sensations,

 

Etend les frissons à mon cou,

 

Sèche mes larmes disgracieuses

 

Et me murmure ton nom.

 

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