quinze mai deux mille sept.
Du haut de l'escabeau, je fais semblant de repeindre les volets. En vérité, j'essaie de camoufler les éraflures laissées par le temps cruel, mais avec un pinceau mal fagoté et de la peinture trop peu diluée, je n'arrive à faire que des paquets! Mais peu importe au final. Et vous savez pourquoi? Je vais vous le dire...
Parce que je n'aime pas peindre! Oui, comme je vous le dis à l'instant: je n'aime pas peindre, ni bricoler d'ailleurs. Je laisse cela aux personnes compétentes, aux forcenés du travail manuel. Vous n'en connaissez pas? Mais siiii, il suffit de chercher, correctement, et l'on trouve à côté de soi une personne qui adooooore manier la perceuse, et quand cette dernière tombe en panne, il reste toujours la pelle, le tournevis ou la scie à métaux. Qui est cette personne? Au moins le voisin! Il est connu de tout le monde le fait qu'un voisin bricole toujours, et souvent quand, nous, nous avons décidé de rester au calme et de nous reposer chez nous! Ahhh! la vie en presque-communuauté! bon, la peinture donc. Que je n'aime pas!
Alors pourquoi le faire, me direz-vous... Car j'ai une vue imprenable de mon escabeau. J'ai l'impression d'être sur un mirador, de surplomber tous paysages avoisinants, de mater! Oui, de mater tout voisin se promenant gentiment sur son lopin de terre.
Ahhhh! Nous y voilà, vous entends-je murmurer! Oui, moi, Apopiras, j'ai des vues sur un voisin. Il est magnifique, a l'air intelligent et sympathique. Si, si, ça peut aider d'être intelligent pour un homme, il ne faut pas avoir simplement un corps!
Mon voisin tond la pelouse. C'est un acte de soumission de la part de l'herbe de se laisser couper la tignasse comme cela. C'est aussi une activité qui développe certains muscles de Monsieur, ce qui n'est pas pour me déplaire.
Cependant, j'aimerais qu'il cesse bientôt de tondre parce que cela crée un de ces vacarmes! Je n'entends plus ma musique. J'ai mis la bande originale d'un film qui compte les semaines. Il paraît que c'est torride et comme nous sommes proches de l'été, je me dis que... à bon entendeur, salut!
Ah! ça y est! Son travail est fini. Je lance un pinceau par-dessus la petite haie, haute de douze centimètres (notre résidence est très neuve), et m'exclame:
"Crotte de Zut! Petit petit pinceau, reviens chez moi s'il te plaît! Il faut que je finisse mon labeur!"
Comme prévu, mon voisin tourne alors la tête vers mon domicile, puis lève les yeux vers mon escabeau, et enfin me regarde...
Apopiras.
A vos Plumes!