En vrac, ici, mon bric-à brac de dilettante...
le coton chatouille ses yeux endormis
et irrite son nez chatouillé.
ses joues se colorent de cette douce vie
qui revient par torrents à lui se connecter.
Tu reviens seul, Hémon; ô sinistre présage!
Que je lis d'infortune aux traits de ton visage!
Jean de Rotrou, Antigone.
Annabelle revenait, essoufflée, de son heure de course. Courir en pleine forêt était un plaisir qu’elle s’octroyait chaque jour, à peine rentrée du travail. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tempête !
Elle se débarrassa rapidement de ses baskets maculées de terre, de sa tenue de course dernier cri, fluorescente pour être mieux vue par les éventuels chasseurs, et de son bandeau qui retenait les cheveux fous qui devaient lui servir de cache-crâne durant toute sa vie.
En sous-vêtements et en chaussettes, elle avança rapidement vers la cuisine, afin de se restaurer prestement, et, surtout, d’étancher sa soif.
L’eau glaciale lui brûlait l’œsophage mais lui faisait paradoxalement un bien fou. Les quelques miettes de thon qu’elle avalait, entre deux morceaux de pain aux céréales, lui calaient un petit creux, au bas de l’estomac.
Tout à coup, se sentant nettement mieux, elle se dirigea vers la salle de bains, pensant déjà au bon bain qui l’attendait.
C’est alors qu’elle l’entendit. Lui ! Encore ici !
Son colocataire, qui devait partir en vacances soi-disant pendant trois semaines chez ses parents, était encore là. Et dans la salle de bains, bien sûr. Il devait se récurer, se faire le plus propre du monde, pour sa belle. Elle est laide en plus, son amie. Non pas qu’elle ne plaise pas à Annabelle ou que cette dernière soit jalouse, mais la petite amie du colocataire envahissant était vraiment un laideron. Tout le monde s’accordait à le dire.
Annabelle avait l’impression d’entendre son colocataire parler. Il ne téléphonait tout de même pas en prenant son bain ! Elle lui avait fait remarquer la dangerosité du geste plusieurs fois. Mais, évidemment, il n’en fait qu’à sa tête.
Elle en est sûre, un jour elle va le retrouver électrocuté. Ou pire, elle ne retrouvera rien, car cela aura mis le feu. Non, vraiment, il était absolument temps de se chercher une autre habitation.
Que disait-il ? On dirait qu’il déclame… Lui ? Il doit faire son acteur de base, pour sa belle. Toujours elle. Il ne fait rien sans penser à elle.
« Tu reviens seul, Hémon; ô sinistre présage!
Que je lis d'infortune aux traits de ton visage! ».
Mais… Il lit du Jean de Rotrou maintenant ? Impossible, je croyais qu’il n’y avait que des bandes-dessinées sur ses étagères. Il a dû me voler un de mes livres.
Ou on lui aurait offert un ouvrage de distinction ? Il ne me raconte plus rien. Nous ne parlons plus beaucoup. Déjà, je suis fatiguée lorsque je rentre le soir, et puis lui, en général, il est pressé d’aller retrouver la belle. Alors, on ne fait que se croiser. Au début, je trouvais cela pratique, venant d’un colocataire…
Mais, maintenant, ma vie est vide. J’ai tout nettoyé pour faire de lui mon amant. Et j’aimerais qu’il me regarde. Comme une femme autre que sa colocataire.
Le voilà qui répète encore ce distique. Il accentue certaines syllabes. Il a une belle voix. Je vais défaillir. Je l’aime.
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Une longue aile douce et précieuse
Caresse avec lenteur ma joue,
M’emplit de suaves sensations,
Etend les frissons à mon cou,
Sèche mes larmes disgracieuses
Et me murmure ton nom.
A vos Plumes!