Rien que d'imaginer sa tête, cela prenait un temps fou et demandait surtout une imagination non bridée. Partir de repères familiers, qui, s'ils n'étaient pas familiers ne seraient de toute façon plus des repères. Donc s'accrocher à ce que l'on connaît. Bof ! Que connaît-elle encore de cette vie qui est sortie de la sienne de manière significative il y a de nombreuses années en prétextant que les enfants, ce n'était pas fait pour elle, et qui, pourtant, fait des réapparitions presque annuelles ? Sa mère doit se prendre pour la sainte-vierge, une femme à pouvoirs magiques qui vous mène à la transcendance en moins de deux minutes. Enfin, surtout si vous êtes près de Lourdes et du bon Dieu.
Elle, avoir une mère, elle s'en fout un peu. Elle ne sait pas en fait ce que c'est d'avoir une mère. Elle a des amies, qui ont bien des mères, mais elles ne lui appartiennent pas vraiment. Elle a bien vu de loin ces relations complices qui s'installent lorsque l'adolescente se fait femme, lorsque la mère se farde légèrement pour se faire moins mère. Elle a observé également ces rires inextinguibles, fous, à la narration de ces escapades improvisées remplies d'anecdotes, de repas partagés, de verres tintant un soir d'été, de tentes plantées au hasard du chemin sous le soleil couchant. Elle a senti de près aussi les conseils pour ces amours si compliquées, mais elle n'a récolté que des échos...
Alors cette personne qui veut tout à coup être présente à son mariage, ça lui fait bizarre dans le ventre, dans le coeur et l'âme. Cela la remue, lui mélange tout, détruit tout sur son passage.
Elle en parlé à son fiancé. Qui ne voit pas pourquoi il prendrait le risque d'inviter une étrangère susceptible de semer la zizanie... On se souvient bien de ce qu'elle a fait au mariage de Tristan, le frère. Elle a sorti un bon mot sur la belle-fille. Mot qui a glacé toutes les veines palpitantes de l'assemblée. "Ne doutons pas que la mariée sera à son aise dans sa belle-famille, car elle est comme un coquelicot : fleur qui ne se plaît que dans le blé et au parfum qui prend un peu la tête".
Silence.
Ta mère. Oui, j'ai entendu. Chut. Ne rien faire. Applaudir pour désenvoûter le mal ?S'enfuir? La jeter dehors.
Non, définitivement, une personne de cette envergure à son mariage, ce n'est pas de bon présage. En plus, il paraît qu'elle a déjà ses idées pour les robes des demoiselles d'honneur ! Quelle bonne blague ! Elle ne les a jamais vues, les demoiselles d'honneur, et elle voudrait les habiller?
La voilà. Enfin, peut-être. Tourner la tête, faire comme si ce n'était pas elle. Après tout, se rappelle-t-elle du visage de sa fille ?
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A vos Plumes!